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Mes Amis: accords limbourgeois

En quittant le restaurant, vers 22h30 …

Escapade à Maastricht. Recherche d’un restaurant qui titillerait la curiosité de l’amateur. Au gré de la navigation, voici que mes yeux tombent sur un wijnrestaurant qui propose un menu déclinable en 4, 5, 6, 7, 8, 9 plats successifs, escortés par autant de vins issus du Limbourg, en version belge comme en version néerlandaise. Installés à 19h45 (ce qui est fort tard selon les normes néerlandaises), nous optons pour une version intermédiaire en 6 assiettes.

On commence par une association entre la truite fumée, l’anguille, la pomme et le concombre. C’est d’abord le Limbourg belge qui déboule sur scène, via le Wijnkasteel Genoels-Elderen (Riemst/Belgique) et sa cuvée Chardonnay Wit (millésime 2019). Vin frais et floral, léger. Son acidité et son aromatique m’évoquent à la fois le sauvignon et les jeunes vignes (NB: le site Internet du Domaine indique pourtant que la dernière plantation de chardonnay date de 1999). La géologie calcaire m’échappe. Vin sans défaut, honnête mais manquant de personnalité.

La deuxième assiette propose la ballotine de caille, accompagnée par diverses textures du maïs. On traverse la frontière pour goûter une cuvée issue du Domaine Overst (Voerendaal/Pays-Bas), assemblage d’auxerrois, müller-thurgau et pinot gris. C’est surprenant, avec plus de corps que le Genoels-Elderen. Sec et équilibré. Le site Internet du producteur est malheureusement laissé en friche depuis plusieurs années, dommage.

Assiette suivante autour de la langoustine et d’une multitude de déclinaisons de la carotte. Ô surprise, le vin est un muscat sec, élaboré par le Domaine Bon Baron (Profondeville/Belgique), en quelque sorte un vin « pirate » vu son origine wallonne. Mais il y une explication: Jeanette van der Steen, propriétaire de Bon Baron, est de nationalité néerlandaise. Je suis sur mes gardes, mais l’aromatique et la bouche témoignent d’une maîtrise d’un cépage à fort potentiel de déconfiture. C’est simple, mais équilibré, sans amertume excessive. Le site Internet du Domaine est suranné, voire antédiluvien.

Quatrième étape autour de la joue de bœuf et de la pomme de terre. Accord proposé: un vin blanc, à savoir le Pinot Gris du Domaine Pietershof (Voeren/Belgique). L’étiquette mentionne également la présence de riesling et de gewürztraminer. Beau vin ! Le plus intéressant de la soirée. C’est un pinot gris frais, sec, avec une finale précise. L’aromatique est sans doute favorablement complexifiée par le gewürztraminer et le colonne vertébrale doit sans doute quelque chose au riesling. Site Internet du Domaine annoncé en construction. Mouais.

La cinquième assiette propose la côte et le filet d’agneau, accompagnés par une ratatouille. Voici donc le vin rouge, du Domaine Sint-Martinus (Vijlen/Pays-Bas), la cuvée Patriek, assemblage audacieux de pinot noir, dornfelder, regent et cabernet cortis. Cette cuvée n’est produite que pour le restaurant où nous dînons. C’est bien fait, boisé avec tact, équilibré et raisonnablement persistant. Encore une fois un bon produit, mais doté d’une personnalité peut-être un peu banale. C’est plus puissant qu’élégant. Le Domaine existe depuis 1988, se focalise sur une longue série de cépages hybrides et s’est doté d’un site Internet intéressant.

Sixième assiette, c’est le dessert: chocolat blanc et fruits exotiques. On reste aux Pays-Bas pour le vin: Solaris de chez Hoeve Nekum (Maastricht/Pays-Bas). Le cépage solaris est un hybride, créé en Allemagne vers 1975. Il mûrit tôt et est capable de produire des sucres élevés. On l’utilise typiquement pour élaborer des vins moelleux. J’avoue ma surprise en lisant sur l’étiquette un alcool à 15%. Et il y a encore du sucre… Franchement, c’est chaleureux et le brûlant pointe son vilain museau. Mais il y a une jolie charpente acide et une aromatique appétissante. Site Internet intéressant.

Conclusion

Très agréable moment pour une cuisine de qualité et une plongée en profondeur dans le vin limbourgeois tel qu’il se présente à nous en 2022. Ce repas n’aurait pas pu exister il y a 20 ans, faute de combattants suffisamment vaillants. Aujourd’hui, il ne fait pas de doute que les vins belges et néerlandais prennent progressivement une place sur nos tables. Cela dit, le meilleur côtoye le pire et la banalité est sans doute l’ennemi numéro un. Les flacons auront en tous cas du mal à remporter le concours du meilleur rapport qualité/prix: rien n’est vraiment bon marché et certains prix me semblent un peu « hors sol ». Il y a sans doute une tendance à boire local qui pousse la demande au delà de l’offre.

Les plats étaient tous fort beaux et fort bons, avec un podium composé de la joue de bœuf (or), de l’agneau (argent) et de la langoustine (bronze). Si j’avais une remarque à formuler: faire plus simple, avec moins d’ingrédients. Less is more. A ce jour, non, le restaurant n’est pas un candidat évident à l’étoile. Mais le lieu, les échanges avec le jeune homme en charge de la salle (une bonne vingtaine de couverts) et l’originalité de la formule: très bien !

Le magasin

A noter que les vins proposés par le restaurant peuvent être achetés quelques maisons plus loin. Si vous y faites un achat, vérifiez quand même que le prix soit conforme au marché. On ne sait jamais…

Cerise sur le gâteau

Le vignoble du Domaine Overst

Nous avons été nous promener le lendemain un peu à l’est de Maastricht: cela s’appelle Land van Kalk et c’est une balade de 8 kilomètres, saupoudrée de quelques vignes (Overst et Sint-Martinus), d’arbres fruitiers en fleur, de moutons, de champs et de gentilles collines: idyllique, bucolique, poétique. Cela s’appelle (un peu pompeusement) Route des Vins et l’on trouve d’ailleurs quelques panneaux explicatifs du meilleur aloi.

Contact

Wijnrestaurant Mes Amis, Tongersestraat 5, 6211 LL Maastricht.

Goesting in Wijn, Tongersestraat 11, 6211 LL Maastricht.

Land van Kalk (balade)