Le sous-traitant et l’intention

château BeaumontLe journaliste Antoine Gerbelle écrit en dernière page du numéro de juillet de la Revue du Vin de France un éditorial « inspirant » et interpellant.

Mise en pleine lumière d’un sujet que l’on préfère en général taire, à savoir la disparition progressive des vignerons dans les châteaux bordelais. La tendance est similaire dans les deux autres régions viticoles riches, Champagne et Bourgogne.

Comme indiqué par l’Insee dès 2007, de nombreuses propriétés ont en effet été rachetées par des financiers, dont beaucoup choisissent de déléguer tous les travaux de l’exploitation à des entreprises de travaux à façon (entretien de la vigne et vendanges).

Relisez la phrase ci-dessus. Merci. Ce n’est pas un détail.

Autrement dit, le vigneron-propriétaire est remplacé par un actionnaire et par un directeur (sans doute porteur d’un diplôme comparable au mien…) dont la mission première est de faire des sous et qui se concentre donc sur les aspects commerciaux et financiers.

Le travail à la vigne est perçu comme un coût, comme un mal nécessaire. Et en plus, c’est salissant…Le directeur compare les offres de sociétés spécialisées qui s’occupent déjà du vignoble X et du château Y …et il sous-traite en faveur du moins-disant.

Dites-moi, qui fait le vin ? Qui incarne le vin ? En quoi ce vin-là est-il une histoire ?

J’ai un besoin viscéral de parler avec le vigneron. A défaut, avec son épouse, son père ou son collaborateur direct.

Je veux percevoir l’intention de la personne qui taille, qui observe, qui vendange, qui vinifie, qui met en bouteilles et qui, quand les circonstances le permettent, me reçoit chez lui. Le vigneron qui choisit, qui hésite, qui subit la météo, qui élabore ce qu’il a envie de partager.

Entendons-nous. Il est parfaitement possible de faire du bon vin, techniquement parfait, via la sous-traitance. Mais l’intention est remplacée par le cahier de charges. C’est une entropie, une destruction de valeur. C’est l’oeno-diversité qui fout le camp. Non merci.