Petit compte-rendu de la dégustation de samedi

après le combat...

après le combat…

Aupilhac…D’abord, ce sont des souvenirs d’un temps que les plus jeunes ne peuvent pas connaître…les années ’90 et l’émergence des vins du Languedoc: L’Hortus, Mas Jullien, Peyre-Rose, Les Estanilles, Mas Bruguière, Prieuré St-Jean de Bébian, L’Aiguelière, …

Le Domaine d’Aupilhac, crée en 1989 par Sylvain Fadat dans le prolongement du travail de cinq générations de viticulteurs, a été apprécié dès la mise en vente de son Coteaux du Languedoc Montpeyroux 1993. Puis ce fut le temps des premiers millésimes du Carignan (cépage pourtant maudit, voué à l’arrachage par les oenologues fraîchement émoulus de l’université), de la sympathique cuvée Lou Maset et du Plôs de Baumes, un assemblage de cépages bordelais. Cette dernière cuvée n’existe plus aujourd’hui, puisque les parcelles d’Aniane ont été récemment revendues.

Samedi, nous avons goûté 6 cuvées issues des millésimes 2012 et 2011:

Lou Maset 2012: les épices et le poivre dominent dans une cuvée de plaisir simple, facile à boire. La couleur est claire, puisque le vin est élaboré essentiellement avec les cépages grenache et cinsault. Elevage en cuves et en foudres. Idéal en accompagnement de charcuteries et de grillades.

Les Servières 2012: 100% cinsault pour cette cuvée élaborée avec des raisins achetés à un ami d’enfance, Alain Robert. Les vignes ont été plantées avant la première guerre mondiale, d’où la mention Un Siècle de Cinsault sur l’étiquette. Elevage de 9 mois en foudres, rendements très limités. Un vin qui marie avec talent une grande densité (la puissance apportée par l’extrait sec, pas celle apportée par l’alcool) et une belle fraîcheur, légèrement acidulée. A mon sens, très bon rapport plaisir-prix.

Le Montpeyroux 2011: assemblage des cinq cépages classiques du Languedoc, avec néanmoins une dominante de carignan & de mourvèdre. Structure (tannique) en conséquence. Vin de garde. Elevage en foudres et en barriques non-neuves (NB: de moins en moins de barriques). La cuvée emblématique du Domaine. Filet de boeuf, gibier.

l'amphithéâtre des Cocalières

l’amphithéâtre des Cocalières

Les Cocalières 2011: incroyable comme l’altitude (350 mètres), l’exposition (nord-ouest) et la géologie (beaucoup de calcaire, traces de basalte) peuvent profondément marquer les raisins. Autant Le Montpeyroux est un vin puissant, autant Les Cocalières font dans l’élégance, la délicatesse et la fraîcheur. Les vignes de syrah, mourvèdre et grenache sont jeunes (une dizaine d’années) et pourtant le résultat est époustouflant !

Le Carignan 2011: comme son nom l’indique, une cuvée 100% carignan, hors appellation. Vignes de 60 ans. Couleur intense, presque violacée. Aromatique sur la réserve. Des nuances de fumé. Bouche très dense, mais encore très serrée. Mérite un long carafage ou quelques années de repos en cave pour donner sa pleine mesure. Grande garde possible.

La Boda 2011: un mariage de 50% de syrah issue des Cocalières (« en haut ») et de 50% de mourvèdre issu d’Aupilhac (« en bas »). Vendanges entières. Assemblage des meilleurs jus. Fermentation, macération et long élevage en demi-muids de 700 litres.

j’ai l’habitude de me méfier des « grandes cuvées » parce qu’elles sont régulièrement trop démonstratives, trop boisées, trop extraites (couleur, tannins), formatées pour obtenir des notes de premier de la classe. Eh bien La Boda évite tous ces pièges. Ce qui rend ce vin délicieux dès à présent. Un carré d’agneau lui ira très bien.

Les vins ne sont jamais dominés par l’alcool ou par le boisé: le maître-mot, c’est l’équilibre. Aupilhac combine avec beaucoup de talent le soleil du sud avec la droiture des vins plus septentrionaux.

Ah oui, le Domaine est en bio et expérimente divers procédés biodynamiques.

Nous avons entrelacé la dégustation des cuvées d’Aupilhac de quelques autres belles bêtes languedociennes, dont le plutôt léger, mais très réussi Château de Lascaux 2012 qui exprime avec beaucoup de transparence les qualités d’une cuvée dominée par la syrah.

Le blanc 2011 du même Château Lascaux a sans doute été un peu victime de son isolement en introduction de nombreux rouges. Je lui accorde pourtant une très bonne note, considérant en particulier son prix amical. Les deux derniers verres ont en tous cas accompagné avec talent le thon aux olives et à la tapenade de tomates préparé par Catherine.