La Nature est bonne fille

Je reçois aujourd’hui la nouvelle carte d’un restaurant bruxellois ‘bistronomique’, au demeurant tout-à-fait sympathique. En tous cas, le repas que j’y ai pris au printemps m’a beaucoup plu.

La carte des vins est originale, certes un peu bric-à-brac, mais attirante pour l’œil, le nez et la bouche de l’oenophile de passage. On peut par exemple y piocher l’un ou l’autre flacon en provenance du Domaine de l’Ecu et du Domaine Frédéric Mabileau. Ne comptez pas sur moi pour en dire du mal, je les importe.

Bon, j’en viens à mon sujet, à savoir un paragraphe introductif à la carte des vins, dont je pense qu’il mérite débat.

Vin Nature
Détrompez-vous : le vin nature n’est pas un effet de dernière tendance marketing, c’est une double vocation : une philosophie au service d’une technique de vinification. Plus puriste encore que les labels bios, le vin naturel est constitué de raisin bio vinifié proprement, question de goût. Car les vins naturels sont non seulement des vins qui permettent au cépage de s’exprimer (ce qui est rarement le cas avec les vins conventionnels, qui sont l’objet de plein de corrections), mais aussi des vins typés, racés, originaux, expressifs, fruités. Des vins d’une incroyable variété, mais facilement identifiables tant ils sont différents. Argument préférentiel supplémentaire, s’il en fallait encore : tout comme pour le vin bio, les sols et les vignes sont traités de manière durable, par les bons soins d’artisans intègres et vaillants.

Voilà, c’est reparti pour un tour. D’abord, y-a-t’il quelqu’un dans la salle pour me faire connaître une définition solide de ce qu’est un « vin nature » ? Oups, d’un « vin naturel »…enfin, bon, je suppose que tout ça est kif-kif. La confusion commence, nous allons souffrir (jeu de mots facile).

Affirmer que le vin naturel, c’est du raisin bio vinifié proprement me semble un peu elliptique, voire insidieusement trompeur. Comme si les vins qui ne revendiquent pas leur « naturalité » étaient vinifiés…salement. Disons que les mots de l’auteur ont court-circuité sa pensée.

Les vins naturels permettent au cépage de s’exprimer: là, autant l’avouer, je suis comme qui dirait mort de rire. A force de ratisser large, on finit par se mélanger les pinceaux. N’importe quel sauvignon industriel va exprimer le cépage, il n’exprimera même que ça ! C’est trivial d’exprimer le cépage, c’est l’antithèse d’une démarche qui intègre cépage, géologie, micro-climat et talent pour élaborer un produit unique.

Le paragraphe suivant est, à mon sens, un chef-d’oeuvre de logique surréaliste: si vous vous en sortez entre la variété, l’identifiabilité (pardon) et la différence, faites-moi signe. Moi, je renonce.

Conclusion de votre serviteur: on n’est pas sorti de l’auberge. Heureusement que la Nature est bonne fille. Il me semble qu’à force de mélanger demi-vérités, approximations et romantisme pseudo-écologique, on finira par noyer la volonté sincère des vignerons qui se battent pour élaborer un vin avec le moins de saloperies en -cides possible. Un vin honnête, respectueux des hommes et de notre petite planète.