A la découverte des vins arméniens

001A l’invitation d’In Vino Veritas et de l’Ambassade d’Arménie, j’ai participé ce lundi à une intéressante dégustation de vins arméniens.

L’Arménie est un pays d’une superficie similaire à celles de la Belgique, enclavé entre la Géorgie, la Turquie, l’Azerbaïdjan et l’Iran. L’influence russe y est importante, comme celle de l’Eglise apostolique.

Les vins arméniens sont dans leur très grande majorité exportés vers la Russie et sont quasi absents en Occident, malgré une importante diaspora arménienne en France et aux États-Unis.

Les contre-étiquettes sont rédigées en russe. Détaillées, elles sont par contre systématiquement illisibles, vu la taille 015microscopique des caractères (ou seraient-ce mes vieux yeux ?).

C’est dans une province du sud de l’Arménie que des scientifiques ont retrouvé les plus anciennes traces de viticulture dans le monde: elles remontent à plus de 6000 ans. Les fouilles ont mis au jour des jarres contenant des pépins de raisins ‘vitis vitifera’, un fouloir et des cuves. La technique du passerillage (cf. le Vin de Paille dans le Jura et l’Amarone en Vénétie) était pratiquée dès le 7ème siècle avant notre ère.

Vignoble de l’extrême, caractérisé par de très fortes variations de température été/hiver et jour/nuit, par l’altitude moyenne à laquelle sont plantées les vignes (1.000 mètres et plus), par un sous-sol majoritairement d’origine volcanique et par l’utilisation quasi exclusive de cépages locaux, non-greffés, comme l’areni (raisins noirs) et le voskehat (raisins blancs). Il n’est pas rare de rencontrer des vignes largement centenaires.

26 vins étaient présentés et j’en ai goûté 18. L’originalité de la plupart des vins est incontestable. Certaines vinifications sont de très bon niveau. Les équilibres entre tannins, acidité et alcool sont réussis. Les aromatiques vraiment surprenantes. Néanmoins, je ne suis pas persuadé que ces vins puissent déjà trouver une place dans le cœur et dans le palais des amateurs belges.

019J’ai particulièrement apprécié le Gédéon Areni 2010 du Domaine Mets Syunik: un rouge original, bien vinifié, riche en couleur, avec des tannins auxquels on pourrait reprocher une certaine sécheresse.

Dans un style plus ‘commercial’, le rouge 2013 Van Ardi, assemblage de syrah et de kakhet est juteux et intègre bien ses 12 mois d’élevage en chêne français. Idem pour l’autre rouge 2013 de Van Ardi, assemblage de kakhet, areni et haghtanak, avec un élevage moins long.

Le blanc Lusine 2008 du Domaine Vayk est étonnant: un an en chêne arménien, suivi par cinq années en bouteilles. 100% voskehat. Légères notes oxydatives, alcool modeste à 11%.

A mon regret, je n’ai pas pu goûter le Zorah Karasi 2012, un 100% areni, vinifié et élevé partiellement en amphores. ‘Karas’ signifie d’ailleurs amphore en arménien. Il m’a semblé que le public, pour une large part constitué par des membres de la communauté arménienne, s’est jeté sur ce vin, dont la réputation est déjà établie. Bref, 4 bouteilles vides.

013Le Bagratuni 2012 du Domaine Maran est un blanc boisé, aromatique, minéral et légèrement oxydatif. Assemblage d’un cépage local, …avec 25% de pinot gris et 20% d’aligoté.

Cela dit, j’ai aussi croisé des vins qui m’ont semblé plus qu’étranges et/ou vinifiés d’une façon qui échappe totalement à mon référentiel.

Pour progresser, il faut d’abord commencer. A revoir avec plaisir d’ici quelques années.