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Vin allemand: comment s’y retrouver ?

vignoble Aldinger dans le Württemberg

Le monde du vin allemand est complexe et il est en ébullition. Tout change depuis une bonne vingtaine d’années, en opposition avec la tradition germanique qui classe les vins en fonction de la quantité de sucre présente dans les raisins lors de la vendange. C’est cette richesse en sucre qui est à la base du classement traditionnel des vins : kabinett, spätlese, auslese, beerenauslese, trockenbeerenauslese.[1]

Avec des raisins de type kabinett et spätlese, il est possible d’élaborer soit des vins secs ou du moins d’esprit sec (la législation allemande affirme qu’un vin est sec trocken s’il contient moins de 9 grammes de sucre résiduel[2]), soit des vins demi-secs, voire moelleux. Le type auslese correspond le plus souvent à des vins moelleux, mais il n’est pas exclu de trouver un auslese trocken avec 14% d’alcool, voire un peu plus.

Les types beerenauslese et trockenbeerenauslese sont toujours moelleux ou liquoreux. Ces vins botrytisés sont rares et chers, voire extrêmement chers. On peut se risquer à comparer beerenauslese à la Sélection de Grains Nobles alsacienne. Et trockenbeerenauslese à l’Eszencia hongroise (Tokaji). Ils sont très peu alcoolisés (6%), avec plusieurs centaines de grammes de sucre résiduel par litre et une acidité incroyablement élevée, qui équilibre le sucre.

Si le mot trocken ne figure pas sur l’étiquette, vous pouvez être certain qu’il s’agit d’un vin avec une certaine douceur.

Ce qui précède, c’est déjà le passé. Le regard des meilleurs vignerons allemands s’est aujourd’hui tourné vers l’ouest, en direction de l’Alsace et de la Bourgogne. C’est une autre façon de classer qui s’impose progressivement, basée sur le lieu dont le vin est issu et de la qualité associée à ce lieu : vin régional (Gutswein), vin communal (Ortswein), vin issu d’une parcelle premier cru (Erste Lage), vin issu d’une parcelle grand cru (Grosse Lage). C’est la pyramide de la qualité.

Une association privée est à l’origine de ce nouveau regard : VDP. On reconnait les vignerons membres de cette association à la présence d’un aigle stylisé sur la collerette des bouteilles.

VDP n’a, à ma connaissance, pas d’équivalent dans les autres pays européens. Les membres sont choisis par cooptation. Il y a +/- 200 membres. L’aigle VDP est un indicateur de qualité fiable.

Leur site Internet : https://www.vdp.de/en/

Comme souvent pendant une phase de transition, différents classements coexistent, suscitant sans doute une certaine confusion. Certains domaines traditionnalistes ne s’inscrivent pas dans la nouvelle démarche, certaines régions utilisent des systèmes légèrement différents, certains vignerons contestent le classement (ou l’absence de classement) de telle parcelle[3], certains éléments de la charte VDP sont repris dans la nouvelle loi allemande de 2021, d’autres ne s’appliquent qu’aux membres de l’association. Le consommateur peut légitimement se sentir un peu largué…

La région est l’entité géographique de base. Au sens strict, la notion d’appellation n’existe pas pour le vin en Allemagne.

La plupart des vignobles réputés se situent dans les parages du Rhin ou de l’un de ses affluents (Moselle, Main, Ahr, Neckar).

Il y a 13 régions, d’importance fort différente : Ahr, Baden, Franken (en français : Franconie), Hessische Bergstrasse, Mittelrhein, Mosel, Nahe, Pfalz (en français : Palatinat), Rheingau, Rheinhessen, Saale-Unstrut, Sachsen, Württemberg.

Les vins issus de parcelles spécifiques sont généralement décrits sur l’étiquette par <nom du village>< ‘er’ facultatif> <nom de la parcelle>.

Par exemple : un Westhofener Morstein est un vin issu de la parcelle Morstein, située sur le village de Westhofen. Par exemple : un Volkacher Karthäuser est un vin issu de la parcelle Karthäuser, située sur le village de Volkach.

Lorsque le nom de la parcelle possède une grande notoriété, certains vignerons omettent le nom du village. Exemple : au Domaine Knipser (région Pfalz), on mentionne simplement la parcelle Steinbuckel, en oubliant de lui accoler le village Laumersheim[4].

Les vins issus d’une parcelle Grosse Lage portent souvent[5] les lettres « GG », imprimées sur l’étiquette et gravées dans le verre de la bouteille : il s’agit alors d’un vin Grosses Gewächs, un vin grand cru issu d’une parcelle grand cru. Un vin Grosses Gewächs est toujours sec.

Le cépage est toujours mentionné sur l’étiquette. A noter que l’Allemagne produit presque uniquement des vins monocépages. L’assemblage est très peu pratiqué ; un vin d’assemblage s’appelle Cuvée.

Le pinot noir est en général appelé spätburgunder[6], ce qui se traduit littéralement par bourguignon tardif. Cela permet de mieux comprendre le rare cépage frühburgunder, le bourguignon précoce, qui est apparenté au pinot noir mais qui mûrit plus rapidement. Le cépage lemberger est parfois mieux connu sous son nom autrichien : blaufränkisch.

La région est toujours mentionnée sur l’étiquette, mais cela peut être discret.

Certaines régions sont prestigieuses mais très peu étendues (Ahr, Rheingau), deux parmi elles sont situées en ex-RDA et leurs vins ne sont presque pas exportés (Saale-Unstrut, Sachsen), d’autres n’ont pas vraiment de notoriété (Hessische Bergstrasse, Mittelrhein), une autre élabore essentiellement des blancs demi-secs, moelleux et liquoreux (Mosel).

Les définitions géographiques des régions sont parfois surprenantes. Par exemple, Baden regroupe des vins élaborés à la frontière suisse (Basel, Bodensee) et d’autres vins, élaborés dans le centre du pays, aux portes de la Franconie (Tauberfranken) : comptez +/- 400 kilomètres entre le sud et le nord de la région !

On a l’habitude de considérer l’Allemagne comme un pays de vins blancs. C’est vrai, dans la proportion des deux-tiers : 69.000 hectares de raisins blancs, 34.000 hectares de raisins noirs.

En termes de cépages, c’est le riesling[7] qui fait la course en tête (23%) devant le pinot noir (11%) et le müller-thurgau[8] (11%).

On trouve également des vignobles consacrés au pinot gris, pinot blanc, silvaner[9], chardonnay, sauvignon.

Et quelques spécialités, en rouge, à la réputation mitigée : dornfelder, portugieser, trollinger, schwarzriesling (en français : pinot meunier)…

Le terme Alte Reben correspond aux « vieilles vignes » en France. La définition de l’âge qui donnerait droit de mentionner « vieilles vignes » sur une étiquette est aussi inexistante en Allemagne qu’elle ne l’est en France.

Le bouleversement climatique pousse à présent certains vignerons à faire des essais avec des cépages plus sudistes, comme la syrah, le merlot et le tempranillo. Dans certaines parties de la région Baden, le climat est trop chaud pour y cultiver du riesling.

Il fût un temps où les blancs contenaient presque toujours une certaine quantité de sucre résiduel, peu d’alcool et beaucoup d’acidité. Le vin pouvait être excellent, mais le consommateur francophone/latin se demandait toujours ce qu’il allait faire de la bouteille.

Il fût un temps où les rouges étaient souvent défigurés par un élevage en barriques surdosé, exhibitionniste et asséchant.

Les choses ont radicalement changé ! Et voilà donc un excellent prétexte pour proposer la dégustation de 12 vins allemands contemporains.

Notes:

[1] Il faut 17 grammes de sucre par litre pour générer 1% d’alcool. Un vin tout-à-fait sec qui titre 13% provient de raisins qui contenaient 221 grammes de sucre.

[2] La règle exacte est plus complexe, elle prend en compte l’acidité du vin : plus le vin est riche en acidité, plus il peut contenir de sucre résiduel tout en étant considéré comme trocken. C’est plutôt logique puisque l’acidité masque le sucre.

[3] C’est le cas du Domaine Georg Breuer dans le Rheingau. Il fait incontestablement partie de l’élite des meilleurs domaines allemands mais a très mal pris l’absence de classement VDP de la parcelle du Nonnenberg, dont Breuer est le seul propriétaire (monopole). Breuer a donc claqué la porte de VDP derrière lui. Lorsque j’ai eu la chance de goûter Nonnenberg, j’ai compris la frustration du Domaine…

[4] Bon, en fait, en tous petits caractères, il est bien indiqué Laumersheimer Steinbuckel ». Ouf !

[5] Pas toujours. Mais cela nous entrainerait trop loin. Disons que certains vignerons ne déclarent pas en GG un vin issu de jeunes vignes de façon à ne pas dévaloriser le terme GG.

[6] Certains vignerons utilisent spätburgunder pour leurs vins d’entrée de gamme et pinot noir pour leurs vins les plus chers/prestigieux. L’inverse ne se fait, à ma connaissance, jamais.

[7] 44% du riesling dans le monde est planté en Allemagne. En France ? 6%. Eh oui…

[8] Rarement à l’origine de grands vins.

[9] Avec un ‘i’ et non un ‘y’. L’Allemagne est de loin le plus grand producteur au monde de silvaner (régions Rheinhessen et Franken). Les meilleurs silvaners sont allemands.

Une sélection de vins allemands a été dégustée le vendredi 25 février. Un article, intitulé à table ! a été consacré à cette dégustation. Les vins ont été regroupés dans un rayon du magasin.

Commandes jusqu’au mardi 08 mars inclus.

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