ô grand Saint-Nicolas…

Frédéric Mabileau

Frédéric Mabileau

J’ai rendu visite au Domaine Mabileau en septembre, durant mon voyage tourangeau. Quelques mois ont passé, les nouveaux millésimes sont à présent disponibles.

Nous sommes donc à Saint-Nicolas de Bourgueil et même en plein coeur du village, à quelques mètres de la mairie, de l’église et du monument aux morts.

La dégustation commence par un Rosé de Loire. J’insiste sur les majuscules, puisqu’il s’agit d’une appellation à part entière.

Ne pas confondre avec le Rosé d’Anjou, qui se signale souvent par un goût douceâtre et un manque de ‘peps’. Le Rosé de Loire de Frédéric Mabileau provient de rendements inférieurs à 30 hectolitres/hectare, alors que l’appellation tolère 60 hl/ha. Les vignes de cabernet franc ont été plantées il y a plus de 15 ans. La parcelle est petite (1 hectare) et bénéficie d’une agriculture biologique. Terroir de graviers. Le vin est sec et désaltérant. Alcool: 12,5%. Un excellent compagnon pour les après-midi au jardin. Du moins si la météo y met un peu du sien…

Voici « Petits Grains« , un Saint-Nicolas élaboré à partir de raisins (en conversion bio) achetés à un collègue. Ce sont les équipes de Frédéric qui vendangent, à la main, cette petite parcelle. Pur fruit, pur plaisir, alcool: 12,5%. Un cabernet franc joyeux !

Le Saint-Nicolas Les Rouillères constituent la cuvée emblématique du Domaine: plus de 100.000 bouteilles produites, avec des vieilles vignes (âge moyen: 35 ans). Agriculture biologique. Nous goûterons 2011, mais c’est le millésime 2012 qui est aujourd’hui à la vente.

On passe aux choses très sérieuses avec la cuvée Les Coutures: élevage en demi-muids de plusieurs vins.

En français: après fermentation, le vin passe 11 mois dans de grands tonneaux de chêne, appelés demi-muids, d’une contenance de 600 litres. Ces demi-muids sont réutilisés pendant un certain nombre d’années. Ils sont dits ‘neufs’ lors de leur première utilisation, ils sont dits ‘d’un vin’ à leur deuxième utilisation, ‘de deux vins’ à la troisième, etc…

Les Coutures, c’est de la soie ! Vignes de 43 ans. Alcool: 13%.

Dernière cuvée de Saint-Nicolas: Eclipse. 5.400 bouteilles issues de très vieilles vignes (52 ans) sur coteaux argilo-calcaires, de rendements modérés (37 hl/ha), en agriculture biologique. Nous sommes aux antipodes du vin de fruit: vinification et élevage (un an) en demi-muids neufs. Cette cuvée n’est proposée à la vente que lorsque le millésime s’y prête. Nous nous situons dans l’univers des grands Bordeaux classiques, avec des possibilités de longue garde. La Revue du Vin de France a goûté plus de 500 vins rouges de Loire du millésime 2010 pour en sélectionner une centaine. Parmi cette centaine de vins sélectionnés, Eclipse 2010 se voit attribuer la 21ème place.

Voilà. Snif. C’est fini.

Fini ? Non, pas du tout. Chttt, voici les surprises. Après Saint-Nicolas, il y a l’Anjou. Un rouge, 100% cabernet sauvignon, d’autant plus sympathique qu’il n’a jamais vu le tonneau: pure cuve inox. Un jus de cabernet, élaboré avec des rendements de 25 hl/ha ! Vendanges manuelles et agriculture biologique. Si ce vin avait le droit de porter une appellation plus prestigieuse, il se vendrait à un tout autre prix.

Frédéric Mabileau a toujours eu envie de vinifier un vin blanc. Mais à St-Nicolas, c’est peine perdue. L’appellation ne le permet pas et les sols ne sont pas vraiment adaptés au chenin. Chenin , j’ai écrit chenin ? Il fallait donc mettre le cap à l’ouest, explorer le Saumurois, trouver une belle parcelle argilo-calcaire de vieilles vignes à Puy-Notre-Dame…et se lancer ! Résultat: la cuvée Chenin du Puy. Vendanges manuelles en deux tris, le 11 octobre et le 22 octobre 2008. D’où vous déduirez sans peine qu’il s’agit d’un millésime 2008, à point aujourd’hui, après avoir avoir digéré son élevage en demi-muids.