A Huit en Moselle

dans la salle de dégustation de Karthäuserhof

dans la salle de dégustation de Karthäuserhof

A peine revenu d’Alsace, me voilà sur les bords de la Moselle, l’autre pays du riesling.

Cette fois, le voyage n’est ni professionnel, ni en ‘solo’: nous sommes huit amateurs à consacrer quelques jours à l’exploration d’un vignoble exceptionnel, relativement méconnu en Belgique francophone (dans les pays latins en général) et pourtant situé à moins de 3 heures de route de Bruxelles.

Ce qui ne gâche rien, c’est Trèves, ville principale de la Moselle allemande, riche en monuments romains (Porta Nigra, basilique de Constantin, thermes, etc…) et habilement gastronomisée, via le restaurant double-étoilé Becker’s.

Malgré une saloperie de contracture musculaire dans le dos et une météo hivernale, je garde un souvenir ébloui de notre voyage. En particulier, formidables visites chez Abi Duhr, vigneron luxembourgeois, propriétaire du Château Pauqué à Grevenmacher et chez Tobias Busch, adjoint du maître de chai de Karthäuserhof, propriété historico-mythique de Moselle allemande, sise dans le village d’Eitelsbach.

Vendredi saint, férié dans cette région de l’Allemagne, et donc pas un chat lorsque nous arrivons à Karthäuserhof peu avant 10 heures du matin. Un grandiose mur de vignes de 20 hectares domine la propriété et la protège des vents du nord. Impressionnant ! A se demander comment il est possible de planter, de tailler et de vendanger sur une pente aussi vertigineuse, aussi caillouteuse (schistes). Nous sommes donc en face du Karthäuserhofberg, vignoble exposé plein sud, capable d’amener à maturité des raisins de très grande qualité, du moins lorsque la météo se montre raisonnablement clémente.

Tobias Busch arrive et, dans un anglais impeccable, nous montre immédiatement qu’il est un fin connaisseur de l’histoire tumultueuse du Domaine. Nous nous rendons en sa compagnie dans la salle de dégustation: construite en 1895, celle-ci est un condensé de boiseries, de faïences, de vitraux et de trophées cynégétiques.

Nous entamons le périple par un Pinot blanc, frais, précis et cristallin. Ce sera notre seule infidélité au roi-Riesling. Nous dégustons un à un les secs, les fruités et les moelleux. Pour finir par quelques gouttes de nectar, sous la forme d’un Beerenauslese 2010 (183 g/l de sucre résiduel).

Millésimes 2012 (à peine mis en bouteilles et pas encore tout-à-fait en place), 2011, quelques 2010 et des vins plus anciens: 2009, 2007 et 2004. Notre hôte met en valeur les différentes cuvées, combinant connaissances pointues, sens de l’humour et talent pédagogique. Chaque vin est, à son niveau, un modèle de précision et d’équilibre entre saveurs douces, saveurs fraîches et saveurs salines. Même les cuvées élaborées avec plus de 60 grammes/litre de sucre résiduel, font preuve d’un équilibre net, léger et aérien. Les alcools sont modestes, autour des 10%. Les acidités sont énormes et pourtant sapides. La quintessence…

Il y avait de la magie à Karthäuserhof ce vendredi 29 mars.

PS: je sais, les vins allemands traînent la réputation d’être difficiles à comprendre, difficiles à apprécier et difficiles à trouver. Je me propose de vous accompagner dans cet autre monde du vin: rendez-vous sur ce site durant les prochains mois.

D’ici là, n’hésitez pas à jeter un oeil ici.